Ce soir-là, je rentrai tard, épuisée par une journée de travail interminable. De celles où l'on court partout sans trouver une minute pour souffler.
Dans la cuisine, je me préparai un Yogi Tea. En retirant l'étiquette du sachet, je découvris ces quelques mots : « Tout le savoir est en vous. »
Je souris. Encore faudrait-il comprendre ce qui se passe dans notre corps, surtout lorsqu'il commence à changer…
Et cette question prend tout son sens à la préménopause et à la ménopause. Longtemps, la médecine a pris le corps masculin comme référence, sans tenir suffisamment compte des spécificités féminines.
Aujourd’hui, les neurosciences nous aident à mieux comprendre notre corps et ouvrent de nouvelles perspectives pour prendre soin de notre santé.
Quand la médecine prenait le corps masculin pour modèle
Pendant longtemps, dans la recherche médicale, le corps masculin a servi de référence. Celui des femmes était souvent considéré comme une variante, avec une difficulté supplémentaire : les fluctuations hormonales.
Résultat ? De nombreuses recherches ont été menées principalement sur des hommes, et leurs conclusions ont parfois été généralisées aux femmes.
Pourtant, nos différences physiologiques et hormonales ne se limitent pas à la reproduction. Elles peuvent aussi influencer notre métabolisme, notre cerveau, notre système cardiovasculaire et notre réponse à certains traitements.
Pendant longtemps, les particularités physiologiques et hormonales des femmes sont ainsi restées insuffisamment explorées dans de nombreux domaines.
Aujourd'hui, les neurosciences contribuent à combler ces lacunes, notamment en révélant les liens étroits entre le cerveau et les ovaires.
Et ces découvertes changent notre manière de comprendre la ménopause.
Cerveau et ovaires : un dialogue hormonal permanent
On imagine souvent que les ovaires produisent des hormones et que le reste du corps s'adapte. Mais la réalité est bien plus passionnante : le cerveau et les ovaires communiquent en permanence, et dans les deux sens.
Dans le cerveau, l'hypothalamus et l'hypophyse participent à la régulation de l'activité ovarienne. En retour, les œstrogènes produits par les ovaires agissent sur le cerveau, notamment sur des mécanismes liés à la mémoire, au sommeil, à l'humeur et à la température corporelle.
Comme le souligne la neuroscientifique Lisa Mosconi, la santé des ovaires et celle du cerveau sont étroitement liées.
Pendant la préménopause, les fluctuations hormonales viennent modifier ce dialogue. Puis, à la ménopause, la diminution durable des œstrogènes change à nouveau les signaux auxquels le cerveau était habitué.
C'est l'une des raisons pour lesquelles les bouffées de chaleur, les nuits perturbées ou les difficultés de concentration peuvent apparaître à cette période.
Le cerveau n'est donc pas un simple chef d'orchestre : il reçoit des informations, ajuste ses réponses et participe constamment aux équilibres de notre organisme.
Et grâce aux neurosciences, nous commençons à observer comment il traverse lui-même cette transition.
Ce que les neurosciences révèlent sur le cerveau à la ménopause
Et si la ménopause transformait aussi notre cerveau ? C'est précisément ce qu'a cherché à comprendre Lisa Mosconi, neuroscientifique spécialisée dans la santé cérébrale des femmes.
En 2021, son équipe a étudié le cerveau de 161 femmes, avant, pendant et après la transition ménopausique, grâce à différentes techniques d'imagerie cérébrale.
Les chercheurs ont observé des changements dans trois domaines : la structure du cerveau, les connexions entre certaines régions et la façon dont il utilise son énergie.
Mais la découverte la plus intéressante est ailleurs : après la ménopause, certains de ces changements semblent se stabiliser, voire s'inverser dans certaines régions cérébrales.
Autrement dit, le cerveau ne fait pas que subir les bouleversements hormonaux. Il semble aussi mobiliser des mécanismes d'adaptation.
Ces observations ne signifient pas que toutes les femmes vivent les mêmes transformations ni que leurs difficultés disparaissent systématiquement. Elles ouvrent néanmoins une perspective encourageante : un cerveau qui change n'est pas nécessairement un cerveau qui décline.
Et cette capacité d'adaptation porte un nom : la neuroplasticité. Une découverte majeure à laquelle une autre chercheuse, Marian Diamond, a largement contribué.
Marian Diamond : la découverte d'un cerveau qui n'est jamais figé
Pendant longtemps, les scientifiques ont pensé que le cerveau adulte était une structure presque immuable, dont les capacités diminuaient progressivement avec l'âge.
Mais dans les années 1960, Marian Diamond, une neuroanatomiste américaine, contribue à bousculer cette idée.
Avec son équipe, elle étudie le cerveau de rats élevés dans des environnements différents. Certains vivent dans des cages ordinaires, tandis que d'autres disposent de davantage d'espace, d'objets à explorer et d'occasions d'interagir.
Résultat ? Les chercheurs observent des différences mesurables dans la structure du cortex cérébral.
Le cerveau peut donc se modifier sous l'influence de son environnement et de ses expériences, même à l'âge adulte.
Cette capacité porte un nom : la neuroplasticité.
Et elle ne disparaît pas à la ménopause ! Notre cerveau conserve tout au long de la vie une capacité à apprendre, à former ou à renforcer certaines connexions et à adapter son fonctionnement.
Cela ne signifie pas que nous pouvons contrôler tous les changements liés à la ménopause. Mais cette découverte ouvre une perspective essentielle : nos expériences et certaines habitudes de vie peuvent aussi influencer la manière dont notre cerveau fonctionne.
Une raison supplémentaire de nous intéresser à des pratiques qui mobilisent l'attention, la respiration et la conscience de notre corps.
Les ovaires ne travaillent jamais seuls : l'exemple du foie
Et si les ovaires avaient eux aussi leur partenaire de danse ?
On parle souvent du rôle des hormones sur le cerveau, mais beaucoup moins de leur influence sur le foie. Pourtant, ces deux organes entretiennent également des relations étroites.
« Les ovaires et le foie, c'est un peu comme deux partenaires de danse : quand les hormones des ovaires changent de rythme, le foie s'adapte. Et lui aussi joue son rôle dans leur équilibre. »
Concrètement, les œstrogènes influencent la façon dont le foie gère les graisses et le sucre. En retour, le foie participe à la transformation des hormones sexuelles et à la régulation de leur disponibilité dans l'organisme.
Les chercheurs parlent désormais d'un axe ovaires–foie, dont les interactions hormonales et métaboliques prennent une importance particulière pendant la ménopause.
Un rapprochement intéressant avec la médecine traditionnelle chinoise
Depuis des siècles, la gynécologie traditionnelle chinoise considère elle aussi la santé féminine à travers les relations entre différentes fonctions de l'organisme.
Elle accorde notamment une place importante à deux systèmes :
- Le Rein, associé à la reproduction, à la maturation et aux grandes étapes de la vie.
- Le Foie, traditionnellement lié à la circulation du Qi, au Sang et à la régulation des cycles féminins.
Attention toutefois : le Rein et le Foie de la médecine chinoise désignent des systèmes fonctionnels qui ne correspondent pas exactement à nos organes anatomiques.
Il ne s'agit donc pas de prétendre que la médecine chinoise avait découvert les mécanismes hormonaux décrits aujourd'hui par les scientifiques.
Mais ce rapprochement est intéressant : il nous invite à ne plus regarder chaque organe isolément, mais à considérer les relations qui participent au fonctionnement de notre corps.
Une perspective qui prend tout son sens à la ménopause, lorsque les changements hormonaux peuvent aussi s'accompagner de modifications métaboliques.
Quand les neurosciences rencontrent les pratiques de santé
Et si prendre soin de son cerveau commençait aussi par prêter davantage attention à son corps ?
Nous avons parfois tendance à les considérer séparément. Pourtant, notre cerveau reçoit en permanence des informations sur ce qui se passe à l'intérieur de notre organisme : les battements du cœur, la respiration, les tensions musculaires ou encore les sensations digestives.
Cette capacité à percevoir les signaux internes de notre corps porte un nom : l'interoception.
Elle participe notamment à notre perception des émotions et de certains besoins physiologiques.
C'est là que la pleine conscience et certaines pratiques corporelles prennent tout leur intérêt. En portant volontairement notre attention sur la respiration ou les sensations physiques, nous apprenons à mieux reconnaître ce qui se passe en nous, sans chercher systématiquement à le contrôler.
Les recherches sur la pleine conscience montrent des bénéfices possibles sur le stress, l'anxiété et la qualité du sommeil chez les femmes pendant la transition ménopausique, même si les résultats restent à confirmer par des études plus robustes.
La neuroplasticité nous rappelle que notre cerveau conserve des capacités d'apprentissage. Quant aux pratiques de pleine conscience, elles nous proposent une manière concrète d'exercer notre attention et de développer notre conscience corporelle.
Et pour commencer, nul besoin d'y consacrer des heures. Deux gestes simples, inspirés notamment des traditions taoïstes et de la médecine chinoise, peuvent trouver leur place dans notre quotidien.
Deux gestes simples pour prendre soin de soi au quotidien
Deux gestes simples pour prendre soin de soi au quotidien
Et si vous commenciez par vous accorder quelques minutes chaque jour ? Inspirés des traditions taoïstes et de la médecine chinoise, ces deux gestes invitent à ralentir, à respirer et à porter davantage attention à ses sensations.
1. La respiration du Dan Tian : revenir à soi
Dans la tradition taoïste, le Dan Tian inférieur, situé dans le bas-ventre, est considéré comme un centre énergétique essentiel. La respiration abdominale permet d'y porter son attention tout en favorisant la détente.
À essayer pendant 2 à 3 minutes :
- Installez-vous confortablement, le dos souple, les mains posées sur le bas-ventre.
- Inspirez doucement par le nez, en laissant votre ventre s'arrondir naturellement.
- Expirez tranquillement, sans forcer, en sentant votre ventre revenir à sa position initiale.
- Continuez à votre rythme, simplement attentive au mouvement de votre respiration.
Ce petit exercice permet de faire une pause et de développer la conscience de ses sensations corporelles. Il peut aussi contribuer à apaiser le stress, sans chercher à contrôler sa respiration à tout prix.
2. Le point Sanyinjiao : un automassage inspiré de la médecine chinoise
En médecine traditionnelle chinoise, le point Sanyinjiao (6 Rate ou SP6) est traditionnellement utilisé dans l'accompagnement de différents inconforts féminins, notamment ceux de la ménopause.
Où se trouve-t-il ?
Sur la face interne de chaque jambe, à environ quatre largeurs de doigt au-dessus de la malléole interne (l'os de la cheville), juste derrière le bord du tibia.

À essayer en douceur :
- Asseyez-vous et repérez le point à l'aide du schéma.
- Avec votre pouce, exercez une pression douce, sans douleur.
- Effectuez de petits mouvements circulaires pendant une minute.
- Recommencez sur l'autre jambe, en respirant naturellement.
Un geste traditionnel à intégrer à votre routine de détente, même si son efficacité contre les bouffées de chaleur reste à démontrer.
Précaution : évitez ce point en cas de grossesse possible ou confirmée sans avis professionnel, ainsi que sur une peau blessée ou inflammatoire.
Conclusion — Mieux connaître son corps pour mieux en prendre soin
Les neurosciences nous offrent aujourd’hui un nouveau regard sur le corps féminin et les liens entre cerveau, hormones et organes.
Les travaux de Lisa Mosconi et de Marian Diamond montrent combien notre cerveau évolue et conserve sa capacité d’adaptation tout au long de la vie.
Autant de connaissances précieuses pour mieux comprendre notre corps, faire des choix éclairés et prendre soin de notre santé autrement.
Et si nous parlions de votre équilibre ?
Chaque femme vit la préménopause et la ménopause à sa manière. Si vous souhaitez mieux comprendre vos besoins et explorer des pistes adaptées à votre quotidien, je vous propose d'en discuter lors d'un rendez-vous découverte gratuit de 30 minutes.
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